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Notes du réalisateur Villi Hermann
pour le documentaire:
« Pédra. Un reporter sans frontières »
Faire un film sur une personne décédée
il y a 50 ans limite les témoins oraux et la présence
de traces. Durant les recherches dans toute l’Europe et en
Amérique, j’ai eu la chance de retrouver des personnes
qui ont connu Jean-Pierre Pedrazzini personnellement et ont même
travaillé avec lui.
Ce n’est pas la première fois que je m’intéresse
à la photographie. Dans presque tous mes films il y a de
façon plus ou moins marquée une réflexion sur
l’image fixe et en mouvement. J’ai développé
cela particulièrement dans mon film « En voyage avec
Jean Mohr » (1992) où j’accompagnais le photographe
genevois lors de trois longs reportages au Japon, en Russie et au
Pakistan, symboles de ses trois grands amours : la musique, la politique
et son engagement humanitaire.
Plus tard alors que je préparais le film « Luigi Einaudi.
Diario dell’esilio svizzero » j’ai remarqué
le photographe Christian Schiefer, inconnu ou méconnu. Il
avait pourtant photographié Mussolini et la Petacci pendus
piazza Loretto à Milan en 1945 et ses photos avaient été
publiées dans le monde entier mais sans le nom de l’auteur.
Mon travail sur Christian Schiefer a d’ailleurs réveillé
en Suisse italienne un intérêt pour ce photographe
qui vivait de la publication de cartes postale de la région
de Lugano et de reportages limités au Tessin. Le titre «
Mussolini, Churchill e cartoline » (2003) résumait
bien le dilemme dans lequel ce photographe vivait. Dans ce film,
déjà tourné en numérique, format 16
:9, j’ai développé un montage dynamique en opposition
au statisme que les photos m’imposaient. J’ai souvent
utilisé avec succès le split screen et la technique
typique du vidéo.
La récente découverte de Jean-Pierre Pedrazzini, la
future commémoration de sa mort tragique, l’anniversaire
de l’insurrection de Budapest 1956 me donnent la possibilité
de présenter au public audiovisuel des fragments d’Histoire
et un drame personnel. Je veux que les spectateurs aient du plaisir
à voir les photos de Jean-Pierre Pedrazzini, à les
découvrir, qu’ils soient captivés par les témoignages
de photographes comme Willy Rizzo qui a immortalisé toutes
les stars du cinéma de Hollywood des années ’70
- ‘80 ou Erich Lessing (Magnum) qui a suivi la lente révolution
des pays de l’Est (DDR, Pologne et Hongrie).
Dans le nouveau film « Pédra. Un reporter sans frontières
» je filmerai ces personnes avec une caméra en mouvement,
car ces hommes, bien qu ’ayant déjà dépassé
l’âge de la retraite, sont très actifs, ils travaillent
encore énormément.
Comme Jean-Pierre Pedrazzini voyageait beaucoup, ses photos seront
« animées » : j’interviendrai sur les photos,
tout en en respectant l’esprit, l’optique et comme les
photos des reporters-photographes étaient utilisées
librement par la rédaction de Paris-Match, je montrerai parfois
la photo originale et celle recadrée publiée pour
analyser le message de la presse. Très important aussi pour
le film est la découverte des planches à contact des
grands reportages de Pédra au pôle Nord, en Russie
et surtout à Budapest en 1956. Je présenterai côte
à côte les photos publiées à l’époque
par le magazine Paris-Match qui tirait à un million d’exemplaires
et les photos non publiées. Est-ce que le goût, le
point de vue a changé aujourd’hui, le public d’alors
était-il trop « guidé, sous tutelle »
? Ces photos inédites enrichiront le portrait de ce reporter
sans frontières.
Elles seront mélangées avec des documents retrouvés
dans différentes archives, notamment chez Paris-Match. La
découverte de la correspondance très intense du photographe
avec sa jeune femme Annie Falk est un cadeau pour le film et servira
de fil rouge. Dans ces lettres on retrouve ses angoisses professionnelles
pour les premières photos en couleur, l’absence de
la personne aimée, des réflexions sur le futur et
l’incertitude de la situation politique du moment : Israël,
Suez, le Maghreb.
La couleur et la caméra en continuel mouvement devraient
agréablement contraster avec le b/n limpide des photos de
Pédra.
Pour rester dans l’atmosphère des photos je prévois
d’utiliser un peu de la musique du répertoire de l’époque
: jazz, chansons mais aussi collaborer à nouveau avec les
artistes qui ont composé la musique de mes derniers documentaires,
Christian Gilardi et Zeno Gabaglio – Altrisuoni.
Je travaillerai avec une équipe tessinoise très jeune,
formée aux images du digital ce qui renforce toujours un
peu plus la production et la réalisation de films au Tessin
et permet d’envisager un futur plus solide pour le cinéma
en Suisse italienne.
Villi Hermann, 2006 © Imagofilm Lugano
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