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  • Jean-Pierre Brossard, dans Cinéma 75, Paris, novembre no. 203, 1975 - Situation du cinéma tessinois

    […] Hermann traite de l’émigration et plus particulièrement du phénomène des travailleurs frontaliers qui se trouvent aussi bien au Tessin, qu’à la frontière allemande ou française. Il prend comme point de référence le récit d’une famille dont la femme raconte « leur » histoire d’émigrés. La situation des travailleurs frontaliers est d’ailleurs très problématique : autorisés à travailler en Suisse, ils sont cependant obligés de quitter le pays tous les soirs, effectuant souvent de longs trajets, compliqués par le passage de la douane.
    A l’aide d’interviews de frontaliers, de responsables syndicaux de différentes tendances, le film rassemble les éléments les plus significatifs du problème ; le commentaire est dû è la plume de l’écrivain tessinois Giovanni Orelli e la musique à l’acteur/écrivain Dario Fo. Voulu comme « cinéma d’intervention », ce film a été largement utilisé lors de la campagne électorale contre la deuxième initiative Schwarzenbach et montré de village en village comme introduction ou élément de discussion politique sur le problème des travailleurs étrangers en Suisse. C’était la première tentative de dynamisation culturelle au Tessin.
    © Jean-Pierre Brossard

  • Michel Boujut, dans La Suisse, le 23 octobre 1974, Festival de Nyon

    […] L’événement de la journée résidait dans la vision du film suisse de Villi Hermann, «Cherchons ouvriers, offrons…». Hermann, qui, sui sort de l’école de cinéma de Londres, et a travaillé pour la télévision alémanique, a en effet réalisé («en collaboration avec un groupe d’ouvrier, d’amis et de camarades») un document remarquable sur quelques-uns des 30’000 frontaliers italiens qui chaque jour viennent travailler au Tessin. Cette forme d’immigration temporaire qui correspond à une importante composante économique des régions de frontière, pose au Tessin un problème économique, social mais aussi culturel.
    Le film (produit sans aucune aide officielle et réalisé de manière artisanale) est né d’une vaste enquête effectuée pendant plus d’une année et basée sur des témoignages, des faits économiques, des statistiques. Il se lit à trois niveaux distincts. Sur fond de douane, les frontaliers racontent leur vie quotidienne, leur condition de travail, l’absence de droits syndicaux…
    Comme en contrepoint, nous entendons sur des photos fixe le témoignage de la veuve d’un ouvrier italien récemment écrasé par une grue mobile. Enfin interviennent les représentants des institutions: directeur des douanes, ecclésiastique, patron syndicaliste. Le commentaire de l’écrivain tessinois Giovanni Orelli (le Sartre local) n’est pas seulement plaqué sur les images.
    Il devient une informations supplémentaire qui ajoute à la crédibilité et à l’efficacité de l’œuvre. [...]
    © Michel Boujut

  • Marcel Martin, dans Ecran 75, Paris, mars no. 34, Festival de Mannheim 1974

    «Cherchons ouvriers, offrons…» d’un autre Suisse Villi Hermann, décrit le va-et-vient quotidien des frontaliers italiens qui travaillent au Tessin et analyse leur situation économique et leur conscience de classe: c’est un modèle d’étude approfondie d’un problème social.
  • Martin Schaub, critique de cinéma, lors du Festival de Locarno 1974

    Le nouveau film de Villi Hermann n’est pas seulement le document d’une exploitation inhumaine de dizaines de milliers d’ouvriers étrangers, mais aussi le document d’un développement intelligent et sérieux d’un jeune cinéaste suisse. Villi Hermann a su trouver une structure qui correspond parfaitement avec les moyens minimaux dont il disposait pour faire ce film sur un problème qui le poursuivait depuis des années.
    Le problème d’un film n’est pas son propos, mais la correspondance entre propos et structure. La structure de «Cerchiamo per subito operai, offriamo…» ne donne aucune possibilité de malentendus et de surinterprétation. Le film ne montre et ne dit que ce qu’il doit et veut montrer.
    Aux frontaliers italiens la parole!
  • Louis Marcorelle (Le Monde, Paris) lors du festival de Pesaro 1974

    C’est un bon document assez ambitieux et puis très révélateur des conditions qui peuvent exister dans ce pays. En même temps ça reste tout de même très suisse, c'est-à-dire qu’il y a une certaine distance, un certain regard, ce n’est pas italien, on voit que c’est un regard assez personnalisé
  • Noël Simsolo, critique cinématographique au Festival de Pesaro, Italie, 1974

    Le film démarre un peu comme tous les films politiques naturalistes, hypocrites et démagogiques: on voit des visages, les gens qui souffrent, les vieilles dames, etc. et on pense que l’on est encore tombé sur le misérabilisme, le vérisme, mais pas du tout, le film se met à fonctionner sur d’autres données. Peu à peu il y a deux discours dans le film. Des gens racontent leur vie quotidienne... et en même temps il y a sans cesse une sorte d’interrogation de la part du collectif qui fait le film, sur la façon dont on doit montrer cela: il ne suffit pas d’avoir des idées justes et des gens qui parlent justement devant une caméra pour ne pas faire un discours démagogique ou de provocation démagogique.
    Je crois que ce film est avant tout chose le seul film, sur ce problème précis qui respecte tout autant le spectateur que les personnes interviewées. Si vous voulez il n’y a aucun racisme, aucun racisme entre les classes même. C’est un film qui tient absolument compte de ce que l’on pourrait appeler un langage de classe: le syndicaliste qui parle à la TV ne parle pas du tout comme les ouvriers interviewés... Je crois que les seuls films sur les luttes sont des films comme celui-ci, c’est à dire des films qui tiennent compte de la façon dont on montre les choses aux gens: on ne les prend pas uniquement par le cœur mais aussi par la tête...
    C’est un film de lutte et d’information, et pas seulement le film d’information qu’on voudrait qu’il soit.
    © Noël Simsolo 1974
  • Zuzana Mirjam Pick, Positif No. 164, Paris, décembre 1974, Festival de Pesaro
    Cerchiamo per subito operai, offriamo… (1974) de Villi Hermann (Suisse), qui traite de la situation des travailleurs frontaliers dans le Tessin, a suscité un très grand intérêt à quelques semaines du référendum des xénophobes suisses.
  • René Missaggia, Voix ouvrière, Genève, 9 août 1974, Festival de Locarno
    […] Parmi les films en séance spéciales, le remarquable « Cerchiamo per subito operai, offriamo… » réalisé par Villi Hermann en collaboration avec un groupe d’ouvriers, amis et camarades.
    Ce film expose le problème des frontaliers, ces travailleurs admis à travailler en Suisse mais sans autorisation d’y habiter. Spéculation de la main-d’œuvre, condition inhumaine du travailleur « pendolaro », autant de problèmes analysés dans ce film-enquête. J’invite tous les animateurs des ciné-clubs, les responsables des centres cinématographiques, les responsables des syndicats, à organiser des séances-débats avec le film de Hermann. Son format 16mm le permet facilement, et c’est à nous, militants, de le faire connaître, puisque la distribution commerciale, financée par les banques, qui sont à l’origine de tout exploitation sur les travailleurs, n’en voudrait jamais.
  • Journal de Nyon, 24 octobre 1975
    J’ai même rencontré un cinéaste heureux: Villi Hermann (membre du jury)
    Propos recueillis par Jean-Pierre Brossard
    Après plusieurs années de luttes, Villi Hermann sort de l’ombre. Son film « Cerchiamo per subito operai, offriamo » après avoir remporté le prix de la Télévision au dernier Festival de Nyon, a obtenu un vif succès à travers le monde et même une prime à la qualité! Villi Hermann prépare actuellement un long métrage sur le percement du Gothard et une émission sur un thème brûlant d’actualité: le problème des apprentis.
    -Comment, en Suisse italienne, devient-on cinéaste ?
    Après une formation de graphiste, un peu de pratique en graphisme commercial, en illustration et en peinture, j’ai trouvé tout cela trop statique et j’ai pensé alors trouver une solution à ma recherche, dans le cinéma. Une satisfaction esthétique, au départ, mais en plus, j’ai toujours été lié au Festival de Locarno, à «Cinéma et Jeunesse»; le cinéma représentait aussi pour moi une nouvelle voie d’expression. L’aide m’a été accordée à la fois par le Département de l’Intérieur, le canton du Tessin et la ville de Lugano, et m’a permis de passer trois ans à Londres.
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